Des temples d'Angkor à Hö-Chi-Minh-Ville (fleuve Mékong)

L’Indochine, une nostalgie certaine. La descente du Mékong, depuis le Tonlé Sap, grand lac cambodgien, jusqu’à son embouchure vietnamienne, reste l’occasion de remonter le temps de manière apaisée, en rencontrant d’agréables fantômes comme Marguerite Duras...  

Des temples d'Angkor à Hö-Chi-Minh-Ville (fleuve Mékong)
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De Siem Reap, notre point de départ, tuk-tuks (moto-taxis) et cars affluent dès l’aube vers les temples d’Angkor. La « sublime cité », qui connut son apogée au XIIe et XIIIe siècles, sert de porte d’entrée royale à la croisière. Avant de glisser sur le « serpent d’eau » dessiné par le Mékong, nous nous immergeons avec bonheur dans cet écrin végétal dense accueillant sur 600 km2, soit l’équivalent de la superficie de Paris, les vestiges d’un millier de temples et monuments. Ces trésors archéologiques permettent d’imaginer la magnificence des royaumes khmers d’antan. Parmi les « cathédrales de la jungle », la plus émouvante, car laissée en l’état, est sans conteste le Ta Prohm. Ici, lianes et troncs soulèvent les dalles. Là, les racines des fromagers et des banians forment des colonnes végétales enserrant si bien les pierres qu’elles semblent faire corps avec elles. Le site à l’architecture la plus raffinée demeure celui de Banteay Srei. Les frontons ciselés avec minutie forment une véritable dentelle de grès rose. C’est ce temple surnommé « la citadelle des femmes » qui inspira à André Malraux son roman « La Voie royale », et qui l’incita aussi, à prélever à la scie deux précieux linteaux…

Les peuples de l’eau

Embarquement à bord du RV Indochine, amarré sur les rives du Tonlé Sap. Nous prenons la direction de Kompong Chnang. Le mode de vie des paysans et pêcheurs, tel que nous l’apercevons depuis les coursives, semble bien moins fastueux que celui des souverains khmers de jadis. Le long des berges, le temps paraît s’être arrêté. Des paires de buffles arpentent le damier des rizières en tirant laborieusement une charrue de bois ancestrale. Sur la vaste « mer intérieure », des enfants rejoignent en barque l’école flottante bâtie sur des radeaux de bambou tandis que des piroguiers se frayent un chemin au milieu des envahissantes jacinthes d’eau. Un bateau épicerie croulant sous les victuailles approvisionne les villages lacustres. Mais la modernité s’est là aussi immiscée : une station-service est posée sur pilotis, des antennes de télévision sont plantées sur les toits de palme et des karaokés fluviaux ont même fait leur apparition ! 

Hélène, la directrice française de la croisière et Thong, le commissaire de bord, attirent l’attention des passagers sur « un phénomène unique au monde » dont le Tonlé Sap et le Mékong sont le théâtre : « le retournement des eaux ». Une fois par an, le cours du fleuve s’inverse. Sous l’effet de la mousson, entre mai et octobre, le Mékong enfle tant qu’il oblige ses affluents à refluer vers le nord. Le Tonlé Sap, submergé, triple alors sa superficie. Il se remplit de poissons et ses rives se couvrent de riches alluvions. Tous les riverains fêtent l’heureux événement courant novembre, à l’occasion de la Fête des Eaux, des festivités colorées et arrosées, comme il se doit. 

 

 

L’ambiance conviviale qui règne sur notre hôtel flottant y fait écho. Lors de la navigation, les croisiéristes déambulent un verre à la main du salon-bar au pont soleil situé au sommet du bateau, tel un poste d’observation idéal. Des complicités se nouent aussi lors des excursions, tandis qu’après le dîner, spectacles et soirées cinéma alimentent les échanges. Tel soir, les mains courbées et les dos cambrés des danseuses « apsaras » suscitent admiration et perplexité ; tel autre, le film de Régis Wargnier, « Le temps des aveux », rappelle au public la tragédie des Khmers rouges qui décimèrent la population cambodgienne entre 1975 et 1979. 

Bonne introduction à la visite de Phnom Penh. Éblouissement lors de la visite du Palais royal et de la découverte des ors des pagodes. Consternation et abattement en foulant les allées de S-21, le sinistre camp de torture et d’extermination de l’ancien régime de Pol Pot. 

Legs coloniaux et dynamisme contemporain

Bientôt, notre bateau passe la frontière. Pour l’occasion, les élégantes hôtesses qui officient à la salle à manger ont revêtu l’Áo dài, la longue et très seyante tunique traditionnelle vietnamienne. Escale obligée à Sadec. C’est là que Marguerite Duras rencontra son amant, Huyn Thuy Lê et en tira le roman éponyme, prix Goncourt 1984. La riche demeure familiale vietnamienne est ornée de quelques photos jaunies évoquant la romance de l’adolescente dans l’Indochine des années 30. Le marché de Sadec mérite aussi le détour. À côté des étals de riz, des vendeuses ont déposé sur les plateaux de leur palanche du « pain à la française », héritage de la présence coloniale. Plus loin, le vert des haricots longs côtoie les teintes orangées des mangues et le rouge écarlate des ramboutans, sortes de litchis chevelus. 

Même symphonie de couleurs sur le fleuve, lorsque l’on croise un marché flottant de légumes et de fruits exotiques. À la farandole d’embarcations se mêlent parfois quelques typiques jonques et sampans. Nous nous rapprochons du delta du Mékong et empruntons l’un des neuf bras du fleuve. Comme un signal d’alarme, la navigation gagne en intensité. Une noria de péniches assure le transport de sable vers l’industrieuse Saigon, rebaptisée Hô-Chi-Minh-Ville. Changement de rythme en même temps que changement d’époque. Dans la trépidante cité portuaire, forte de 10 millions d’habitants, règne une effervescence permanente. Ses rues charrient un flot ininterrompu de motos qui donne le tournis aux visiteurs. Nous retrouvons la sérénité le temps d’un spectacle de marionnettes sur l’eau et de la visite d’une fabrique artisanale de laques. Dans la vieille ville, derniers clins d’œil de l’Indochine de Papa à la cathédrale Notre-Dame et à la poste centrale dotée d’une charpente métallique conçue par Gustave Eiffel. Même à terre, la croisière reste inoubliable.

Un bateau peut en cacher un autre

La compagnie fluviale CroisiEurope disposait de quatre bateaux sur le Mékong. À compter de début septembre, la flotte se dote d’un nouveau fleuron, le RV Indochine II. Comme son petit frère, le dernier né est habillé de bois exotiques chaleureux créant un décor de charme et un style qualifié de « néo-colonial ». Classé 5 ancres, le RV Indochine II rehausse le niveau de confort. Outre la ventilation et la climatisation, le navire est équipé d’une salle de massage et d’une piscine installée sur le pont supérieur et abritée sous deux auvents. Plus grand que ses prédécesseurs, le bateau peut accueillir 62 passagers grâce à ses 31 cabines spacieuses de 18 m2 disposant, autre nouveauté, d’un balcon privatif de 4 m2. Le tirant d’eau réduit de 1,6 mètre permettra au bateau de naviguer au plus près des rives du Mékong. Y.H.

Par Yves Hardy

Publié le mardi 31 juillet 2018 15:21

À propos de l'auteur

Fred Santos Fred Santos : Journaliste, Fred vous informe sur l'actualité du monde des croisières.
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