Pôle Nord, Pôle Sud : mythes et réalités scientifiques

Pôle Nord, Pôle Sud : mythes et réalités scientifiques

Si elles n’ont pas encore révélé tous leurs secrets, les terres circumpolaires sont aujourd’hui au cœur des études et des analyses les plus pointues. D’une ère de fascination ésotérique et mystique, les explorations et les découvertes scientifiques nous ont fait entrer dans l’ère de l’étude rationaliste de ces environnements. L’actualité climatique inquiétante a ramené les pôles au cœur des débats et des discussions, nous rappelant à quel point leur préservation et leur protection est fondamentale.

Prenons ici le temps du rêve et de l’imaginaire et revenons sur quelques uns des plus grands mythes et des plus grandes légendes autour des pôles

Créatures et monstres des mers glacées

Les régions polaires ont fait l’objet de nombreuses conquêtes et explorations. Il est probable que certains navigateurs, soucieux de préserver le secret de leurs voies maritimes, soient les auteurs de plusieurs mythes autour des monstres marins. Ou tout du moins, qu’ils aient considérablement amplifié le caractère terrifiant de certaines espèces géantes.


Kraken, le monstre de la mer géante attaque une caravelle

Qui se cache derrière le Kraken et la Licorne ?

C'est peut-être ce qui est arrivé au calamar colossal et au calamar géant qui ont probablement alimenté les croyances populaires dont celle du kraken en Scandinavie. Leur existence est aujourd’hui prouvée et des spécimens impressionnants ont même été pêchés et naturalisés. 


Bien réel aussi, le narval des eaux arctiques est possiblement à l’origine de l’un des mythes occidentaux les plus importants : celui de la licorne. Sa rareté et son habitat réduit ont sans doute participé à la légende selon laquelle les cornes d’ivoire que l’on monnayait à prix d’or jusqu’au début du 18ème siècle appartenaient à cet animal légendaire et féérique. Il n’a conservé de cette époque que le sobriquet de « licorne de mer ».



Une nouvelle baleine dans les eaux australes ?

Mais le fantasme de découverte d’espèces inconnues est encore prégnant aujourd’hui et on entend toujours parler d’animaux marins extraordinaires aperçus autour des côtes polaires, comme cette « baleine » antarctique à haute nageoire dorsale. Elle a été signalée pour la première fois en 1902 par le Discovery, première expédition britannique en Antarctique (voir notre dossier sur les grandes expéditions polaires). D’autres signalements ont été enregistrés en 1910, 1911 et 1964. Alors, animal mythique ou nouvelle forme de cétacé inconnue ? Le mystère demeure.



Le Ningen, mi-baleine mi-humain

Les légendes ont la vie dure et un nouveau phénomène a fait son apparition depuis une dizaine d’années : le Ningen, « humain » en japonais. Ce cryptide géant est né du récit de pêcheurs japonais qui disent l’avoir vu dans les eaux australes. Créature humanoïde marine, elle serait immense (jusqu’à 30 mètres), aurait 5 doigts, une queue rappelant celle des sirènes, vivrait de nuit (d’où la difficulté à l’observer) et serait d'un blanc immaculé. Aurait-on pu passer à côté d’un tel géant marin jusqu’à aujourd’hui ? Difficile à imaginer…


L’Antarctique : Terra Australis Incognita

Rumold Mercartor, carte Terra Australis de 1587Avant d’être ce continent blanc qui accueille de nombreuses stations scientifiques internationales, l'Antarctique était un fantasme, une prédiction, une obsession dans l’esprit de nombreux savants et explorateurs. Déjà émise dans les écrits antiques d’Aristote, le cartographe grec Ptolémée a reproduit l’idée que l’océan Indien était entouré de terres méridionales. A la Renaissance, les cartes et les portulans commencent à faire apparaître des terres dans le sud. Bien qu’encore inexplorées, les scientifiques défendaient l’hypothèse qu’elles devaient exister en symétrie des terres connues de l’hémisphère Nord. On ignore comment les cartographes de l’époque avaient pu se représenter les côtes encore inexplorées de cette Terra Australis de façon aussi précise et certaine : Johann Schöner, Abraham Ortelius, Jacques de Vau de Claye, l’Ecole de cartographie de Dieppe en passant par le célèbre planisphère de Rumold Mercator datant de 1587 (ci-dessus) ou encore la carte de Piri Reis, datant de 1513 et découverte en 1929 lors de la restauration du palais de Topkapi à Istanbul. Se seraient-ils appuyé sur des cartes antérieures ?
C'est ce que défend l’hypothèse de la circumnavigation chinoise. Cette conjecture pseudo-historique développe l'idée selon laquelle, sous le règne de l’empereur Ming Yong de la dynastie Ming, la flotte chinoise de l’amiral Zheng He aurait exploré l’Amérique en 1421, quelques décennies avant Christophe Colomb. Une partie de cette flotte aurait navigué dans les eaux glacées de l’Antarctique. Très médiatisée bien que chaudement critiquée, cette hypothèse a été vivement contestée par une majorité d’experts et de cartographes. Les cartes sur lesquelles elle se fonde seraient des faux.


Mondes fantastiques du Grand Nord

Représentation de l'Hyperborée par Gerardus Mercator en 1595

L'Hyperborée, septentrion idyllique

Si Rumold Mercator livra une représentation d’une terre australe s’apparentant à l’Antarctique, son père Gerardus Mercator aurait dressé la carte d’un continent boréal merveilleux : l’Hyperborée. Au sommet du monde, il représente une terre composée de 4 îles au milieu desquelles se dresse une montage géante.
Etymologiquement parlant, les hyperboréens sont ceux qui vivent « par-delà les souffles du froid Borée », à savoir le vent du nord. Représentation d’une forme de paradis lointain venu du monde mythologique grec, la citation d’un continent hyperboréen et de ses habitants remonte au poète Aristée de Proconnèse en 600 avant notre ère. Habitant aux confins septentrionaux des zones peuplées, les anciens hyperboréens se seraient trouvés quelque part près des régions glacées du pôle Nord, peut-être en son point le plus extrême. Ce serait un monde de félicité, entre ciel et terre, inondé d’un soleil éternel et riche d’or et de trésors gardés par des griffons. Merveilleusement prospère, il aurait été peuplé de géants immortels à la longévité proche de l'immortalité. Royaume d'Apollon, les dieux y descendaient du ciel en cela que c'était le point de rencontre exact des mondes terrestres et célestes.

Pythéas et l'île de Thulé

Environ 300 ans plus tard, l’explorateur grec Pythéas quitte Massalia, sa ville natale et antique Marseille, pour une exploration maritime des mers du Nord de l’Europe. Contemporain d’Aristote, c’est un défenseur de la théorie de la sphéricité de la Terre et il est probable qu’il ait cherché à contrecarrer les croyances liée à l’Hyperborée. A l’époque où le Détroit de Gibraltar (Colonnes d’Hercule) marquait la limite du monde civilisé, cette expédition est exceptionnelle et à l’origine de découvertes scientifiques majeures :

  • une description géographique et ethnologique de la Grande Bretagne
  • la première description du soleil de minuit et du cercle polaire
  • des mesures de latitude précises
  • le phénomène des marées et leur relation avec les phases de la lune, entre autres. 

Pythéas est considéré comme l’un des précurseurs de l’exploration marine scientifique. Lors de son expédition dans l’Atlantique nord, il se serait aventuré très loin au nord, à des latitudes proches du cercle polaire, là ou la mer gèle. Il évoque l’existence d’une île, Thulé, sorte d’absolu infranchissable au-delà duquel la navigation devient impossible. Même si la preuve n'a pas été faite de son accostage sur l'île, on imagine sans peine l’angoissante vision du navigateur découvrant à l’époque les paysages arctiques, figés dans la glace, les brumes gelées et le froid insurmontable. L’emplacement exact de cette île de Thulé est encore sujet à controverse. Etaient-ce les îles Féroé, Lofoten, l’Islande ou bien encore le Groenland ?

*Notre sélection de croisières dans la région de la mythique île de Thulé : Islande, Spitzberg et Groenland.


Terre creuse, royaumes souterrains et passerelle entre les pôles

Le lac de Vostok : du mythe à la réalité ?

A la fin des années 80, une équipe de scientifiques soviétiques découvre un lac d’eau douce subglaciaire immense, de 200 km de long sur 50 de large, à près de 4 000 m en dessous de la surface de la glace. Il se situe juste en dessous de la station aujourd'hui russe de Vostok dont il prendra le nom. La découverte du Lac de Vostok ravivera d’anciennes croyances autour de l’existence de mondes souterrains, idylliques, souvent habités par des êtres supérieurs. En tête de ces croyances, la théorie de la Terre creuse originellement émise par Edmund Halley en 1692. Elle suppose qu'un noyau central existerait au centre de la terre, au dessus duquel 2 anneaux concentriques emprisonneraient des couches atmosphériques internes. Entre autres lieux sur le globe, L’Antarctique et le pôle Nord aurait été désignés comme portes d'entrée merveilleuses vers un royaume secret, connues sous le nom d’Agartha. 


Caverne souterraine de glaceDes mondes fantastiques au centre de la terre

Mais c’est dans la littérature que l’on trouve le plus grand nombre d’évocations de mondes souterrains, comme dans le célèbre Voyage au centre de la Terre de Jules Verne.
 Bien avant les écrits de cet auteur fantastique français, un récit anonyme publié en 1723 raconte un voyage entre les deux pôles par le centre de la Terre. Narration à la première personne, ce récit étonnant raconte comment l’auteur et son équipage ont été aspirés par un tourbillon dans les eaux du Pôle Nord et se sont retrouvés propulsés de l’autre côté du globe, sous l’Antarctique. Ils y découvrent un monde fantastique peuplé de créatures étranges et qui débouche, comme dans l’ouvrage postérieur de Jules Verne, sur la découverte d’« une vaste nappe d’eau, le commencement d’un lac ou d’un océan ». Bien que totalement fantasmée et allégorique, la littérature fantastique a alors pris un peu d’avance sur la réalité scientifique avec l’écriture de ces lacs et mers intérieures. 

 

Publié le vendredi 14 décembre 2018 à 15:24

À propos de l'auteur

juliette Juliette Mage : Journaliste voyage